Livre de l’été : La République en Chroniques

Agrégé d’histoire, professeur, docteur en droit et auteur, Pierre Allorant scrute le paysage politique d’un regard curieux. A travers ces publications et ses travaux de recherches, il exprime cette passion comme un engagement envers lui-même et envers la société dans laquelle il vit.  La République en Chroniques, sa dernière parution, rassemble près d’une quarantaine de chroniques dans laquelle il retrace des évènements majeurs qui ont marqué la scène politique de ces trois dernières années.

Pouvez-vous nous parler de votre rapport à l’écriture ?

Je suis, par profession et formation, historien puis juriste, tourné vers l’analyse du discours politique, disciplines dans lesquelles l’écriture, le rapport au texte ou à la parole est central. Et j’adore Stendhal qui prétendait ambitionner d’écrire comme le Code civil ! Je ne me prétends pas écrivain, mais j’éprouve un grand plaisir à utiliser des formes diversifiées d’expression : cours, manuels, articles et publications scientifiques, recueils de correspondances, interventions orales à la radio ou à la télévision, chroniques de presse, discours. Je rêvais, adolescent, d’être commentateur sportif ou romancier, je n’y ai pas renoncé, mais sous pseudo …

Qu’est-ce qui vous a motivé à rassembler vos chroniques pour en faire un livre ?

D’abord l’amitié et le plaisir. J’ai répondu à la sollicitation amicale de Christian Bidault de Magcentre et de mon éditeur Jean-Pierre Delpuech qui m’ont convaincu que cela pouvait avoir du sens. Et un historien est toujours sensible à la trace laissée au-delà de l’éphémère. Ce n’était pas évident, car il y a une contradiction entre la nature ponctuelle d’une chronique, liée à l’actualité, et la publication d’un ouvrage. Sans avoir l’immodestie de me comparer à eux, j’ai sans doute été influencé par le grand plaisir que j’avais éprouvé en lisant les Blocs-notes de Mauriac, les éditoriaux rassemblés de Roger Secretain ou encore les Concordances des temps de Jean-Noël Jeanneney qui ont su surmonter cette contradiction apparente.

Présentez-nous votre livre ? A quoi le lecteur doit-il s’attendre ?

Il est souvent préférable de découvrir par soi-même un livre, mais ici le lecteur trouvera assurément une tentative d’éclairer l’actualité des trois dernières années à la lumière de l’histoire politique et administrative, avec le souci de varier les échelles (locale, régionale, nationale, européenne, internationale) et le plus souvent possible, en maniant l’humour, et parfois l’ironie.

Marianne sur la couverture, qu’est-ce qui explique ce choix ? Qu’est-ce que ce symbolisme représente pour vous, pour le contenu du livre ?

15 €, Éditions Infimes

Marianne s’imposait surtout par sa présence place de la République ! Car le livre démarre avec le massacre à Charlie Hebdo, et je me souviens des fleurs et des messages déposés au pied de cette statue à Orleans. Et notre Cinquième République a connu un bouleversement de son paysage politique en 2017, avec le double succès présidentiel et législatif de « La République en Marche ! ». Comme historien, lecteur de Maurice Agulhon, et comme citoyen, je reste très attaché à la Troisième République, celle des fondateurs, de Gambetta, de l’œuvre scolaire et laïque, des libertés de réunion, d’association et de presse. À la fin du XXe s. tout le monde pouvait estimer que c’était acquis à jamais, malheureusement, même au sein de l’Union européenne ou aux Etats-Unis, cela n’est pas le cas, et même en France, c’est un combat permanent, comme pour l’égalité femmes-hommes ou la lutte contre le racisme ou l’antisémitisme. Bref, « Marianne au combat » n’a jamais été si actuelle, et le triptyque républicain n’est pas un slogan creux, mais un horizon jamais atteint qu’il faut tenter d’approcher.

 

 

Avez-vous un autre projet de livre en perspective ?  

Des projets, ce n’est pas ce qui manque, c’est parfois le temps pour les réaliser ! Je viens d’en finir deux : un collectif sur les 250 Lieux, personnages et moments du Centre-Val de Loire, l’autre, sous presse aux éditions du Cerf, Ballon monté, la correspondance de deux couples sous le siège de Paris en 1870-71. Et je commence à travailler sur deux commandes des éditions In-fimes : une sur le préfet Jean Moulin pour 2019 et sur l’histoire des maires d’Orléans depuis la Révolution pour 2020.

Quel est votre lecture du moment ? Y a-t-il un auteur ou une œuvre orléanais qui vous tient particulièrement à cœur ? 

Je viens de terminer un excellent roman sur la situation en Corse, de Nadia Galy, Le cirque de la solitude, récemment paru chez Albin Michel. Orléans est une ville d’écrivains, mais elle ne le sait pas assez. De très grands écrivains actuels comme Pierre Michon où Antoine Volodine ont vécu ici, et j’admire Marie-Aude Murail qui a un grand talent pour susciter chez les adolescents le goût de lire des romans. De par mon attrait pour les politiques qui écrivent, j’en citerai deux du XXe s. Souvenirs et solitude de Jean Zay, écrit en prison sous Vichy, et Ceux qui ont éclairé nos chemins de Secretain.

Avant de prendre congés, en tant qu’Orléanais, quel regard portez-vous sur la Ville et son agglomération ?

J’aime profondément Orleans, ma ville natale, et sa métropole où je travaille et je vis, et je suis engagé dans deux institutions qui travaillent sur son avenir dans la région : le Ceser Centre-Val de Loire et le conseil de développement de la métropole. La ville a beaucoup changé depuis deux décennies et chaque maire a apporté sa touche pour l’équiper, l’embellir, en faire une véritable capitale régionale. Elle possède tous les atouts pour briller et rayonner, mais il lui manque des marqueurs indispensables à son image : une vie étudiante en centre-ville, des médecins, des liaisons rapides avec les autres métropoles françaises et européennes et enfin, la fierté de ses habitants. Mais tous les acteurs y travaillent.

Propos recueillis par Soucaneau Gabriel

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