Voix de femmes

Du droit de vote à celui de se porter candidate, la lutte de la femme, pour faire respecter ses droits et mériter sa place dans la société, a été longue et sinueuse. L’année 2017 et le début de 2018 ont permis d’écrire un nouveau chapitre, et vont marquer un tournant dans l’histoire de cette lutte. Le mouvement « #Metoo » qui a pris naissance aux Etats-Unis, « #Balancetonporc » en France, sont considérés comme une libération de la parole. Ces mouvements démontrent que la femme  ne veut plus se conforter dans le rôle de la victime, que sa voix mérite d’être écoutée. Le respect sur le lieu de travail, le paiement équitable, les agressions sexuelles. Des sujets brûlants qui font couler beaucoup d’encre.

A l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits de la femme, pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes, JAD Magazine est allé à la rencontre de ces femmes, d’horizons, d’histoires et de parcours différents. Il était nécessaire d’avoir un écho sur le symbolisme de cette date, le mouvement « #Metoo », du féminisme en 2018 et du chemin qu’il reste encore à parcourir. 

 

Elisa Pinault

Ancienne présidente des vitrines d’Orléans

Etre féministe aujourd’hui, c’est vouloir être authentique, rester une femme avec sa force et sa douceur. Le 8 mars est une journée autour de la femme. Je ne m’attends à rien de particulier après cette journée. Cependant, elle est importante autour de la femme pour mettre en lumière la femme, ce qu’elle est, ce qu’elle fait et quelquefois ce qu’elle subit. Des actes qui ne devraient plus exister et qui se passent encore. C’est une journée pour honorer la femme.

Concernant le mouvement #Balancetonporc, je trouve que c’est bien que ces viols soient dénoncés et qu’il y ait une prise de conscience collective. Le danger, c’est de positionner la femme contre l’homme. Cela peut modifier les relations spontanées entre les hommes et les femmes et instaurer de la méfiance ; la séduction doit se vivre naturellement et laisser chacun dans son rôle complémentaire. Il y a toute une éducation à faire depuis le jeune âge des garçons pour que le respect du sexe opposé soit intégré. Je crains le côté excessif et utilisable de cette action et à la fois, je me mets à la place de ces femmes qui ont été abusées, qui souffrent encore de cette violence et qui la dénoncent aujourd’hui.

En Europe, et petit à petit à travers le monde, nous arriverons à une vraie égalité des sexes. Une vraie démocratie composée d’hommes et de femmes. Car nous n’avons pas les mêmes cycles de vie que les hommes, les mêmes choix de vie, je pense à la maternité. Nous sommes en France moins évolués que dans certains pays où la femme n’est pas pénalisée professionnellement pour ses maternités. D’autre part, une femme qui à la même fonction qu’un homme doit avoir le même salaire, ça me parait normal et juste. Une femme attirée par la vie politique accède aujourd’hui à des fonctions importantes et peut faire carrière. La question sur la parité est un peu délicate.

Il me semble parfois difficile de respecter la parité par manque de candidatures et la répartition est laborieuse. On va chasser une femme pour obtenir la parité et pas pour sa valeur et sa disponibilité. cela me gêne un peu…

J’espère qu’à l’avenir, nous n’aurons plus besoin de ce quota, et que les choses se feront naturellement en distribuant les fonctions de manière équilibrée. Les femmes sont aussi brillantes à l’école que les hommes parfois plus ! Il est donc normal d’avoir des femmes chirurgiens, des femmes ministres, des femmes chefs d’état. Ce qui était anormal c’est que toutes ces fonctions n’étaient ouvertes qu’aux hommes. Il y a de nombreux pays dans le monde où les femmes sont dans une grande souffrance. j’admire toutes ces femmes qui luttent pour leur liberté et contre les discriminations. Ces femmes en Iran qui bravent l’interdiction de porter le voile, et paient durement leur militantisme. La lutte de Sara Najafi pour que les femmes puissent chanter, faire de la musique et se produire un public.

J’admire toutes ces femmes africaines qui luttent contre les violences pour défendre leur droit et la liberté. Au péril de leur vie, cette jeunesse défie ouvertement les règles des hommes.

 

Danielle Diakebolo

Etudiante en Master Accompagnement Politique, Université d’Orléans

Pour moi être féministe, c’est défendre les droits et les intérêts des femmes par la recherche d’une égalité avec le sexe opposé. Le féminisme dans la société occidentale aujourd’hui ressemble à un combat perpétuel contre les hommes, je considère qu’il n’est pas obligatoire de rentrer en conflit avec le sexe opposé pour défendre nos droits. C’est en ayant conscience elle-même de ce qu’elle est et de ce qu’elle vaut, que la femme peut se construire et avancer, et non en recherchant la reconnaissance des autres, et en particulier des hommes.

La journée du 8 mars a été créée, je pense, pour valoriser la femme, lui rendre hommage. Une journée durant laquelle la femme devrait s’occuper uniquement d’elle, c’est aussi une journée rétrospective sur la lutte des femmes. Où on était, où on est et comment on aborde l’avenir. Mais je pense que la femme devrait être célébrée tous les jours, pas une seule journée par an. Quant à l’avenir de la femme, je pense qu’il va dépendre de plusieurs facteurs. D’où elles se trouvent sur le globe, et dans quelle société elles se trouvent. Les problèmes peuvent être les mêmes à travers le monde, mais les femmes ne disposent pas des mêmes outils pour se défendre. J’aimerais pouvoir dire que l’avenir qui attend les femmes est plus radieux parce que les choses changent, mais malheureusement elles ne changent pas partout avec la même vitesse, d’autant plus que c’est un système qui existe depuis des millénaires, la route est encore longue.

 

 

Fatouma Harber

Blogueuse malienne, militante, nominée par Internet Sans Frontières à l’UNESCO/Guillermo Cano Prix mondial de la liberté de la presse 2018. Elle nous donne son point de vue depuis le Mali.

Etre féministe aujourd’hui signifie un travail de fond. Pour que les HOMMES acceptent que la femme est un HOMME, simplement pour qu’on arrête de stigmatiser, qu’on arrête de penser qu’une femme ne fournirait pas nécessairement les mêmes efforts qu’un homme pour réussir, pour qu’en Afrique on laisse les petites filles aller à  l’école,  qu’on n’enlève pas celles qui ont eu la chance d’y aller, pour les marier.  Le 8 mars, pour moi, est une occasion de continuer le travail que j’ai commencé. Je ne chôme pas ce jour. Je travaille parce que je pense que la femme doit prouver qu’elle mérite le salaire qu’elle obtient. Je profite d’occasions comme celles-ci pour parler de la nécessité pour les femmes de comprendre que les droits des femmes s’obtiennent par la lutte et le travail.  Pas en dansant, comme certaines de mes consœurs le font en Afrique.

Est-ce que le mouvement “#Metoo” est une libération de la parole ? Non.  Je ne pense pas.  Le #Metoo est un mouvement qui pourrait avoir libéré la parole de certaines qui sont sur les réseaux sociaux, en Afrique la femme ne parle pas facilement des cas de harcèlement ou, pire, de viol. Et quant à l’avenir de la femme, je le vois prometteur, glorieux. Il faut travailler, mettre les bouchées doubles comme beaucoup sont en train de le faire.

 

Propos recueillis par Gabriel Soucaneau

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